Deux entreprises réalisant le même chiffre d'affaires peuvent avoir des valeurs très différentes. La méthode de la rentabilité permet de comprendre pourquoi, en estimant la valeur d'une entreprise à partir des résultats qu'elle génère et de sa capacité à les maintenir dans le temps.
L'essentiel
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La méthode de la rentabilité repose sur un principe : la valeur d'une entreprise dépend notamment de ce qu'elle est capable de rapporter à son futur propriétaire.
Contrairement à la méthode patrimoniale, qui s'intéresse à ce que possède l'entreprise, la méthode de la rentabilité privilégie sa capacité à générer des résultats économiques. Elle se distingue également de la méthode des comparables, qui consiste à estimer la valeur d'une entreprise à partir des prix observés lors de transactions similaires.
Prenons deux entreprises réalisant chacune 800 000 € de chiffre d'affaires annuel. La première dégage régulièrement 120 000 € de résultat d'exploitation, tandis que la seconde n'en dégage que 40 000 €. Malgré un volume de ventes identique, elles ne présentent pas la même rentabilité et ne justifient donc pas nécessairement la même valorisation.
Pour un repreneur, cette méthode répond à une question essentielle : l'activité génère-t-elle suffisamment de ressources pour justifier le montant investi ?
Plusieurs indicateurs financiers peuvent servir de base à l'évaluation. Le choix dépend notamment de l'activité et de la méthode de calcul retenue.
L'excédent brut d'exploitation (EBE) mesure ce que l'activité courante dégage après paiement de ses principales charges d'exploitation, notamment les achats, les salaires et les loyers, mais avant les amortissements, les charges financières et l'impôt sur les bénéfices.
Il permet de comparer la performance économique de plusieurs entreprises sans que leurs choix de financement influencent directement le résultat.
Attention toutefois : l'EBE ne correspond pas à l'argent que le propriétaire peut conserver chaque année. Il ne tient pas compte de toutes les dépenses, notamment des investissements et des remboursements d'emprunts.
Le résultat d'exploitation mesure la rentabilité de l'activité en tenant compte notamment des amortissements, qui traduisent comptablement l'utilisation et l'usure des équipements.
Le résultat net correspond au bénéfice final, après prise en compte des charges financières et de l'impôt.
Ces indicateurs peuvent également être utilisés pour valoriser une entreprise, mais les coefficients appliqués seront différents. On ne peut donc pas utiliser indifféremment le même coefficient pour l'EBE et le résultat net.
Le calcul consiste à retenir un résultat annuel représentatif, puis à lui appliquer un coefficient multiplicateur. Cette méthode, appelée méthode des multiples, permet d'obtenir une première estimation de la valeur de l'activité.
La première étape consiste à examiner les comptes des trois derniers exercices afin d'identifier le niveau de rentabilité habituel de l'entreprise.
Il faut notamment vérifier si certains événements ont exceptionnellement augmenté ou diminué les résultats : une dépense inhabituelle, un loyer particulièrement faible ou une rémunération du dirigeant qui ne correspond pas au coût normal de son travail.
Ces éléments peuvent nécessiter des corrections pour obtenir un résultat plus représentatif de l'activité.
Prenons l'exemple d'une PME dont l'EBE annuel, après ces ajustements, est estimé à 100 000 €.
Le résultat annuel d'une entreprise ne suffit pas à déterminer sa valeur. Lorsqu'un repreneur achète une activité, il investit dans sa capacité à générer des revenus pendant plusieurs années.
Pour estimer cette valeur, on utilise un coefficient multiplicateur, également appelé multiple de valorisation. Il permet de convertir un résultat annuel représentatif en une estimation de la valeur de l'activité.
Ce coefficient n'est pas fixé au hasard. Il s'appuie notamment sur les prix observés lors de ventes d'entreprises comparables, tout en tenant compte des perspectives et des risques propres à l'affaire.
Prenons notre PME qui dégage régulièrement 100 000 € d'EBE annuel. Si les caractéristiques de cette entreprise justifient un coefficient de 4, sa valeur d'exploitation est estimée à 400 000 € (100 000 × 4).
Cela ne signifie pas que le repreneur récupérera son investissement en quatre ans. L'EBE n'est pas le bénéfice disponible pour l'acquéreur : d'autres dépenses et obligations financières doivent encore être prises en compte.
Le calcul précédent donne une estimation de la valeur de l'activité, mais pas nécessairement de la valeur des parts de la société.
Pourquoi ? Parce qu'en rachetant les parts d'une société, le repreneur acquiert une entreprise qui possède aussi des disponibilités financières et peut avoir des emprunts à rembourser.
Reprenons notre exemple :
Valeur estimée de l'activité
Les dettes financières diminuent la valeur revenant aux associés, puisqu'elles devront être remboursées. À l'inverse, la trésorerie disponible peut l'augmenter, à condition qu'elle ne soit pas nécessaire au fonctionnement courant de l'entreprise. Dans cet exemple simplifié, les parts de la société sont donc estimées à 350 000 €.
D'autres ajustements peuvent être nécessaires selon les conditions de la cession. Cette distinction concerne notamment le rachat de titres d'une société : les calculs ne sont pas identiques lors de l'achat d'un fonds de commerce.
Imaginons deux PME qui dégagent chacune 100 000 € d'EBE annuel.
La première dispose de contrats récurrents, d'une clientèle diversifiée et d'une équipe capable de fonctionner sans son dirigeant. La seconde dépend de deux clients importants et repose largement sur les relations commerciales du cédant.
Leurs résultats actuels sont identiques, mais les risques associés à leur reprise ne le sont pas. La première pourrait ainsi justifier un coefficient multiplicateur plus élevé.
Plusieurs critères influencent cette appréciation :
La méthode de la rentabilité ne se résume donc pas à une multiplication. Le coefficient retenu doit refléter la capacité de l'entreprise à maintenir ses résultats après la transmission.
La méthode des multiples n'est pas la seule approche permettant de valoriser une entreprise à partir de ses résultats.
La méthode des flux de trésorerie actualisés, également appelée DCF (Discounted Cash-Flows), s'intéresse à l'argent que l'entreprise pourrait réellement générer au cours des prochaines années.
Elle consiste à établir des prévisions financières, puis à calculer ce que valent aujourd'hui ces sommes futures, en tenant compte du temps et des risques associés.
Cette approche peut être intéressante pour les entreprises dont les perspectives de développement sont suffisamment prévisibles. Elle nécessite toutefois des hypothèses financières solides et des calculs plus complexes.
Pour une première estimation, la méthode des multiples reste généralement plus accessible.
Cette méthode présente l'avantage de s'intéresser directement à la capacité bénéficiaire de l'entreprise. Elle est donc particulièrement utile pour apprécier l'intérêt économique d'une reprise.
Elle comporte néanmoins une limite importante : les résultats passés ne garantissent pas les revenus futurs.
Une entreprise historiquement rentable peut perdre un client majeur, subir une hausse de ses charges ou devoir financer des investissements importants après la cession. Le choix du coefficient multiplicateur comporte également une part d'appréciation.
Enfin, cette méthode ne permet pas toujours de mesurer correctement la valeur des biens détenus par l'entreprise, notamment lorsqu'elle possède un patrimoine immobilier ou des équipements importants.
C'est pourquoi il est préférable de confronter plusieurs approches : la méthode de la rentabilité, la méthode des comparables et la méthode patrimoniale.
L'objectif n'est pas d'obtenir un chiffre incontestable, mais une fourchette de valorisation argumentée, qui servira de base aux discussions entre le cédant et le repreneur.